Là où Hollywood 1947 réussit particulièrement bien son pari, c’est dans la manière dont son thème prend vie autour de la table. Le monde du cinéma est familier à tout le monde : scénariste, réalisateur, acteur, producteur… Ces métiers évoquent immédiatement quelque chose, et cela facilite énormément l’immersion.
Très vite, la partie ne se limite plus aux cartes et aux dés. Elle devient une sorte de petite réunion de production improvisée où chacun défend sa vision du film en cours. On discute, on argumente, on critique une scène, on propose des modifications… et surtout, on essaie de convaincre les autres.
Lors de ma partie, je me suis par exemple retrouvé dans la peau d’un scénariste particulièrement convaincant. À un moment donné, je me suis tourné vers les autres joueurs en déclarant avec aplomb :
« Désolé, mais en tant que scénariste, cette scène ne passera jamais. On va devoir la réécrire… et ajouter quelque chose de beaucoup plus patriotique. »
Un discours parfaitement crédible dans le contexte d’Hollywood… sauf qu’en réalité, j’étais communiste.
Et c’est précisément là que le jeu devient vraiment savoureux. Le bluff ne passe plus seulement par les cartes que l’on pose face cachée, mais aussi par la manière dont on raconte l’histoire autour de la table. En incarnant votre rôle avec suffisamment de conviction, vous pouvez orienter les discussions, semer le doute ou rassurer les autres joueurs… même si vous êtes en train de les manipuler.
Si votre groupe accepte de jouer le jeu et de rentrer dans cette petite comédie collective, Hollywood 1947 prend une toute autre dimension. Les discussions deviennent plus animées, les accusations fusent, et chaque phrase peut influencer la suite de la partie.
À l’inverse, si les joueurs se contentent d’appliquer les règles de manière très mécanique, le jeu restera un bon jeu de vote et de déduction… mais il perdra une partie de ce qui fait tout son charme.