En 2025, 1200 jeux et extensions ont vu le jour en France et plus de 7000 dans le monde. Au regard de ces deux chiffres impressionnants, une question se pose : Est-ce qu’il y a trop de nouveaux jeux de société ? Nous vous avons posé la question sur Facebook et le débat a été très animé. Voici ce qu’il fallait retenir :
Si on résume l’ensemble des commentaires pour en dégager une réponse unique et tranchée, la très grande majorité des participants estime que le marché du jeu de société est aujourd’hui saturé. Ce qui était perçu avant comme de l’effervescence est considéré désormais comme quelque chose de négatif, voire nuisible au secteur. Puisqu’avec cette profusion de nouvelles sorties, entre 1000 et 1200 nouveautés chaque année, il est devenu difficile de tout suivre pour les joueurs, les boutiques et même les professionnels.
Si l’on souhaite apporter un peu de nuance, on peut compléter ce premier constat en précisant que ce que dénoncent les joueurs n’est pas tant le nombre de sorties que la multiplication des variantes, des copies et des déclinaisons de succès existants, souvent au détriment d’une véritable innovation dans les mécaniques de jeu. Ainsi, des succès commerciaux comme Skyjo, Flip 7 ou, dans un registre plus expert, Terraforming Mars, ont incité les éditeurs à publier des jeux du même type afin de reproduire une formule qui avait déjà fait ses preuves.
Un autre effet néfaste, qui découle directement du nombre important de sorties, est que de nombreux jeux pourtant excellents peuvent passer inaperçus et ne pas trouver leur public, faute de visibilité, tandis que d’autres bénéficient d’un marketing très développé. Avec l’augmentation de l’offre, les jeux doivent désormais s’appuyer sur une promotion efficace pour exister sur le marché. Les joueurs regrettent ainsi que certains titres, parfois peu originaux, bénéficient d’une forte couverture médiatique, tandis que d’autres n’en disposent pas.
La nouveauté chasse la nouveauté. Le cycle de vie des jeux s’est considérablement accéléré et ne leur laisse quasiment plus le temps de s’installer durablement. Aujourd’hui, pour rester visible, un jeu doit rencontrer un succès immédiat, sous peine de disparaître des rayons et d’être soldé ou déstocké quelques semaines à peine après sa sortie.
Le temps où les amateurs de jeux de société pouvaient tout essayer est révolu. Pour beaucoup, le problème ne réside pas seulement dans le nombre de nouveautés, mais aussi dans l’impossibilité matérielle de les découvrir, d’y jouer et de les apprécier. Les joueurs sont alors contraints de faire des choix, parfois malheureux, et passent ainsi à côté de jeux qui auraient pourtant pu leur plaire. De plus, face à une offre qui ne cesse de s’étoffer, ils consacrent de plus en plus de temps à rechercher le « bon » jeu, au détriment du temps passé à jouer.
La « surproduction » de jeux s’accompagne d’une logique de consommation rapide. Face à cette profusion de nouveautés, les joueurs, craignant de passer à côté du jeu du moment, sont de plus en plus confrontés au syndrome du FOMO (Fear of Missing Out). Ce phénomène favorise les achats compulsifs, la recherche permanente de la nouveauté et l’accumulation de jeux, alors même qu’ils ne disposent pas du temps nécessaire pour y jouer.
Les joueurs ne sont pas les seuls à être affectés par le nombre grandissant de nouveautés. Les petites boutiques de jeux, confrontées à des contraintes de place et de trésorerie, sont tiraillées entre la nécessité de stocker un grand nombre de références, au prix d’un risque financier important, et celle de proposer un catalogue plus restreint, au risque de passer à côté de certains succès commerciaux.
Beaucoup de joueurs regrettent que cette recherche de la quantité se fasse parfois au détriment de la qualité des jeux. Ils estiment que le temps consacré au développement, à l’équilibrage ou encore à la relecture des règles est réduit. Le niveau de qualité moyen des jeux mis sur le marché s’en trouverait ainsi affecté, donnant l’impression de produits moins aboutis.
La recherche constante de nouveautés, les campagnes promotionnelles et les avis parfois publiés très tôt alimentent la frénésie d’achat et accélèrent l’obsolescence des jeux. Certains joueurs de longue date se montrent nostalgiques d’une époque où le secteur du jeu de société était davantage animé par la passion et l’esprit amateur. Aujourd’hui, celui-ci s’est largement professionnalisé. Cette évolution s’est accompagnée de changements inévitables, que certains perçoivent comme des dérives, parmi lesquelles figure la multiplication des nouveautés.
Toutefois, la multiplication de l’offre compte également ses défenseurs, qui ne la perçoivent pas comme un phénomène négatif. Pour cette minorité, le jeu est un produit culturel au même titre que les livres, la musique ou le cinéma. Davantage de sorties signifie plus de choix, plus de créativité et une plus grande probabilité de trouver des jeux correspondant à ses goûts et à ses attentes. Selon eux, une production importante de nouveaux titres est le signe de la vitalité d’un secteur en bonne santé.
À la question « Est-ce qu’il y a trop de nouveaux jeux de société ? », le sentiment dominant est que le secteur du jeu souffre aujourd’hui d’une forme de surproduction : trop de nouveautés, trop de jeux similaires, pas assez de temps pour en profiter et une visibilité de plus en plus faible pour les titres de qualité. Malgré tout, une minorité accueille cette diversité favorablement et la considère même comme un signe positif du dynamisme du secteur.