À l'occasion de la sortie de Pich'Tanque, la troisième création de Pok'in Games, nous avons eu le plaisir d'échanger avec Jérôme Navarro, cofondateur de la maison d'édition et coauteur du jeu. En attendant de vous jeter sur ce jeu de pétanque pas comme les autres, cette interview vous en apprendra plus sur l'histoire du jeu et le parcours atypique de ses auteurs.
Comment est née l’idée de créer Pich’Tanque ?
Jérôme : À l’origine de Pich’Tanque, il y a l’envie de décliner la pétanque, si chère à notre région. Nous voulions retrouver cette ambiance que l’on connaît autour d’un terrain de boules, cette convivialité teintée de compétition, mais dans un format différent : quelque chose de transportable, que l’on puisse installer partout et par tous les temps. L’idée était aussi de créer un jeu profondément marseillais, sans tomber dans le simple produit touristique. Le nom, les cartes Action et les expressions marseillaises participent pleinement à cette identité.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le concept du jeu ?
Jérôme : Pich’Tanque, c’est une partie de pétanque sur une table. On déploie un tapis en néoprène, on place trois petites tuiles sous celui-ci pour créer des irrégularités, puis chaque joueur tente de rapprocher ses palets à billes du cochonnet en les lançant à l’aide d’une pichenette. (Oui, oui, ce sont les règles de la pétanque !) Et c’est là que Pok’in Games entre en jeu ! Les cartes Action viennent pimenter la partie en permettant de modifier certaines situations et d’ajouter une dose de stratégie et de fourberie.
Mais Pich’Tanque a aussi une particularité : les cartes ont été pensées pour pouvoir être utilisées lors d’une vraie partie de pétanque. Les règles restent les mêmes, que l’on joue sur le tapis ou sur un véritable terrain. C’est donc finalement un jeu 2 en 1 : on peut jouer à Pich’Tanque sur une table, puis sortir les cartes et les emmener directement sur un terrain de pétanque. Et pour faire rayonner notre culture marseillaise, toutes les cartes Action portent des noms d’expressions marseillaises, que nous avons évidemment pris soin de traduire pour nos amis nordistes… d’au-dessus d’Avignon ! 😄
À qui s’adresse le jeu ? Faut-il être un fin connaisseur de la pétanque pour y jouer ?
Jérôme : Pas du tout ! Et c’était même une volonté dès le départ. Pich’Tanque est accessible dès 3 ans et ne demande aucun niveau particulier. Que l’on soit un habitué des jeux de société, un passionné de pétanque ou simplement quelqu’un qui veut passer un bon moment entre amis, tout le monde peut se lancer. Il faut simplement savoir faire une pichenette ! Les règles tiennent sur deux pages et sont rapidement accessibles. Pas besoin, donc, de connaître la pétanque pour comprendre et apprécier le jeu. C’est un jeu que l’on peut sortir en famille, entre amis, à l’apéro ou en vacances. Et contrairement à la pétanque traditionnelle, pas besoin d’avoir un terrain sous la main.
Combien de temps a demandé le développement du jeu, de l’idée initiale à sa commercialisation ?
Jérôme : Le développement de Pich’Tanque s’est fait assez rapidement. Les premières réflexions autour du jeu remontent au début de l’année 2025, et nous avions déjà un premier prototype à présenter en avril. Ensuite, il y a eu toute la phase de tests, d’amélioration et d’ajustement du jeu : trouver la bonne taille du plateau, travailler les cartes Action, leur nombre et équilibrer leurs pouvoirs. Puis sont venues les étapes de recherche du fabricant, du transporteur et de production. Et enfin, l’étape que l’on préfère : les festivals et les rencontres avec les joueurs. Au final, il aura fallu un peu plus d’un an entre les premiers prototypes et la commercialisation.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la fabrication du jeu ?
Jérôme : Pour la fabrication, nous avons travaillé avec LongPack Games, que nous avions notamment rencontré au gré des festivals. Le gros travail a été de trouver la bonne épaisseur de tapis. Il fallait qu’il soit suffisamment fin pour que les tuiles placées dessous aient un réel impact sur les trajectoires des palets, mais suffisamment épais et solide pour résister aux parties et aux transports. Nous avons eu des contraintes techniques et de fabrication, bien sûr, mais nous n’avons fait aucune concession sur le résultat que nous voulions obtenir : ni sur la qualité des palets, ni sur les cartes, ni sur l’emballage. Le produit devait être à la hauteur de ce que nous avions imaginé.
Quel a été le plus gros défi du projet ?
Jérôme : Les défis ont été nombreux. Le premier a été de réussir à passer de l’idée au projet, puis au produit fini dont on puisse être fier. Il a également fallu jongler avec les délais de fabrication, de transport, les frais annexes et les dépenses imprévues, tout en continuant à faire tester le jeu et à mesurer l’engouement du public. Et forcément, il y avait une certaine pression à voir les joueurs apprécier le jeu et nous demander quand ils pourraient enfin l’acheter ! Au final, le plus difficile a probablement été de trouver le bon équilibre entre simplicité, adresse, stratégie et plaisir de jeu, tout en faisant fonctionner ensemble le tapis, les palets, les irrégularités et les cartes Action.
Pouvez-vous nous présenter l’équipe derrière Pok’in Games, l’éditeur de Pich’Tanque ?
Jérôme : Pok’in Games, c’est avant tout une histoire d’amitié. À l’origine, il y a Jérôme et Ludo, deux collègues de bureau qui cherchaient comment agrémenter leurs pauses déjeuner. Nous avons alors eu un projet un peu fou : développer une idée de jeu jusqu’à en faire un projet commercialisable. Ce qui n’était au départ qu’une idée est devenu un premier prototype, puis une fabrication entièrement réalisée à la main, jusqu’à la commercialisation de POKI, notre premier jeu, qui a notamment été en rupture de stock à Cannes après de nombreuses péripéties. François nous a ensuite rejoints dans l’aventure. Des collègues de boulot devenus amis et des passionnés de soirées ludiques : voilà le cœur de l’équipe Pok’in Games. Aujourd’hui, chacun participe à toutes les étapes de l’aventure, de la création aux prototypes, en passant par les tests, la communication, les événements et la commercialisation.
Comment avez-vous atterri dans le monde ludique ?
Jérôme : On n’est pas vraiment arrivés dans le monde ludique par un parcours classique. Nous étions surtout des joueurs avec l’envie de créer. Sans remonter aux parties de Risk, des Colons de Catane ou de Magic de nos enfances respectives, notre entrée dans le monde ludique s’est surtout faite par les soirées jeux, les premiers festivals, puis par l’envie de passer de l’autre côté de la table. C’est progressivement devenu un défi entre nous : jusqu’où pouvait-on aller avec une idée née pendant une pause déjeuner ? Et aujourd’hui, ce qui nous paraît encore complètement fou, c’est de savoir que des personnes un peu partout en France sont peut-être en train de jouer avec un jeu que nous avons imaginé et fabriqué. C’est probablement ça qui nous donne encore le plus envie de continuer à créer.
Pich’Tanque est votre troisième jeu. Si l’on regarde vos précédentes créations, on remarque que vous avez un certain goût pour les jeux d’adresse. D’où vous vient cet amour pour ce type de jeux ?
Jérôme : Ce qui est paradoxal, c’est que dans nos pratiques de joueurs, nous sommes loin de ne jouer qu’à des jeux d’adresse. Ce qui nous pousse dans notre démarche et qui lie nos jeux pour le moment, c’est l’envie de mettre l’agilité et la dextérité au centre du jeu. On aime l’idée de se demander : comment remplacer un jet de dé par une manipulation ? Avec ce type de jeu, il n’est plus possible d’invoquer uniquement la chance, le mauvais jet ou le mauvais tirage pour expliquer une réussite ou un échec. Rendre le joueur maître de son coup, lui donner une marge de progression et conserver cette sensation particulière après avoir réussi un joli coup, voilà ce qui nous anime. Et puis, soyons honnêtes, on aime bien aussi le petit côté mauvaise foi qui va avec ! 😄
Pour la suite, on a justement envie d’explorer des jeux plus complexes tout en conservant cette touche de dextérité. Mais chut… on ne peut pas trop en dire pour le moment !
Avez-vous une anecdote ou un souvenir marquant à nous raconter en lien avec cette aventure ludique ?
Jérôme : Il y en a beaucoup, mais nos souvenirs les plus marquants sont probablement liés aux festivals. Voir des gens prendre du plaisir autour de nos jeux, voir certains arriver à reculons et finalement enchaîner les parties, discuter en voiture du prochain jeu alors qu’on est épuisés, puis continuer à s’appeler après pour débriefer… Ce sont des moments qui nous restent.
Et il y a aussi une anecdote qui résume assez bien le chemin parcouru. Nous avons commencé l’aventure en nous disant simplement « pourquoi pas ? », sans vraiment savoir jusqu’où cela nous mènerait. Et nous nous sommes finalement retrouvés à suivre en pleine nuit, minute après minute, l’arrivée de notre porte-conteneurs au port en actualisant sa position en permanence. Quand on repense au chemin parcouru depuis nos premières fabrications artisanales, c’est assez fou.
Avez-vous d’autres projets ludiques en tête ?
Jérôme : Oh oui, bien sûr ! L’équipe de Pok’in Games en a encore sous le coude. Nous avons plusieurs projets en développement, à différents stades, mais toujours avec cette volonté de faire jouer « autrement ». L’un des projets qui nous tient particulièrement à cœur est justement un pari : mettre de la dextérité dans un jeu de stratégie, autour d’une table, avec une durée d’environ une heure et demie. On ne peut évidemment pas en dire beaucoup plus pour le moment… mais on travaille dessus, avec toujours la même idée directrice : avoir envie d’y jouer et donner envie de le faire découvrir au plus grand nombre. Notre ambition reste la même : « Le jeu autrement ! »